Questions / Réponses

Extraits de la synthèse* « luzerne et qualité de l’eau » de novembre 2009

Quels sont les risques de fuites de nitrates liés à une culture de luzerne ?

De nombreux travaux menés par l’Inra de Châlons en Champagne, puis de Reims montrent que:

a) Dans les conditions pédo-climatiques de cette région, et comparativement à d’autres cultures (betteraves, blé), l’introduction de la luzerne dans les successions culturales réduit la concentration en nitrates des eaux de drainage à l’échelle de la rotation culturale (Denys et al., 1990 ; Beaudouin et al., 1992 ; Muller et al., 1993) ;

b) Le retournement des luzernes n’entraîne pas de libération intempestive d’azote (donc de nitrates). En effet, contrairement aux idées reçues, l’incorporation de l’azote présent dans les racines et les collets (parties aériennes non récoltées) provoque d’abord une organisation de l’azote minéral du sol par les micro-organismes avant d’être progressivement reminéralisé, notamment au printemps suivant (Justes et al., 2001). Son effet a été mesuré sur deux campagnes au moins (Beaudoin et al., 1992 ; Justes et al., 2001) ; Muller et al. (1993) rapportant un arrière effet 10 ans après le retournement d’une luzerne ayant fait l’objet d’un marquage isotopique 15N. Les risques de fuites de nitrates sous culture de luzerne sont donc faibles, ce qui est un atout en régions de grandes cultures, au bénéfice de l’environnement.

Vidéo témoignage de Philippe ROBERT

Quels effets de l’azote sur le rendement et la qualité du fourrage récolté ?

La capacité d’absorption d’azote minéral par la luzerne est utilisée en région de grandes cultures pour gérer les stocks d’effluents d’élevage ou des eaux résiduaires générés par les process de l’agro-industrie (Muller et Ledain, 1992). Ces pratiques ont fait l’objet d’expérimentations et de suivis qui aboutissent toutes aux mêmes conclusions : la fertilisation azotée, minérale ou par produits organiques, ne présente pas d’effet sur le rendement, ni sur la teneur en azote du fourrage récolté (Thiébeau et al., 2004).

Traitements phytosanitaires et luzerne : quoi, combien, quand ?

En 2009, les résultats de l’enquête menée conjointement par le CDER 51, la Chambre d’agriculture 51 et COOP de France Déshydratation démontrent que la luzerne est une plante rustique, qui ne nécessite pas ou peu de traitements :
Quasiment pas d’insecticides : 94 % des parcelles de 1ère année et 97 % des parcelles de 2ème année ne reçoivent aucun insecticide. L’inter-coupe de 40
à 45 jours permet de réguler le développement des populations d’insectes.

Peu de traitements herbicides : les traitements herbicides sont utilisés à l’implantation pour permettre la levée de la culture dans de bonnes conditions et garantir ainsi sa pérennité ; les besoins en année d’exploitation sont ensuite moindres car la luzerne a un pouvoir couvrant naturel important qui lui permet d’étouffer les adventices : 72 % des parcelles de 1ère année et 68 % des parcelles de 2ème année n’ont reçu aucun traitement antidicotylédones durant l’hive.

Aucun fongicide : la recherche variétale depuis près de 30 ans a fait progresser efficacement la tolérance naturelle aux maladies – verticilliose, sclérotiniose, anthracnose.

Par ailleurs, le retour régulier des coupes sur une même parcelle nettoie les situations qui pourraient présenter un problème. In fine, la culture de la luzerne va laisser à la culturesuivante un sol dont le stock de graines de mauvaises herbes sera réduit, limitant l’utilisation de produits phytosanitaires.
En conséquence, la culture de la luzerne réduit significativement le recours aux pesticides en régions de grandes cultures.

Vidéo témoignage de Eric MASSET

Luzerne et biodiversité: quels rapports ?

Ils sont nombreux : couvrant le sol toute l’année, la luzerne est un refuge naturel pour la micro et la macro faune souterraine, de surface et aérienne. Le service de la pollinisation est assuré en continu, notamment durant les périodes estivales au moment ou la ressource mellifère est particulièrement rare en régions de grandes cultures. Une récente étude menée en partenariat avec le Muséum d’Histoire Naturelle et les associations de défense de la nature montre que tous les indicateurs mesurés (oiseaux, papillons, criquets, sauterelles, chauve-souris, abeilles) sont très significativement supérieurs dans une parcelle de luzerne par rapport à une parcelle de de céréales.

Vidéo témoignage de Sylvie BRUNEL